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GLP-1, Ozempic, Wegovy, Mounjaro : ce que l’on sait vraiment

Par Hanane, fondatrice de la Méthode Lumina · 14 octobre 2026 · Lecture : 12 minutes

Illustration : une chaîne de petites molécules sous le titre GLP-1

On en parle partout, des réseaux sociaux aux cabinets médicaux. Ozempic, Wegovy, Mounjaro, et bientôt peut-être le rétatrutide : ces médicaments ont changé la prise en charge du diabète et de l’obésité. Mais d’où viennent-ils, que font-ils vraiment, et que sait-on de leurs effets dans la durée ? Voici un tour d’horizon, chiffres des études à l’appui.

Ces conseils relèvent du bien-être et ne remplacent pas un avis médical. Cet article ne recommande ni ne déconseille aucun traitement : cette décision appartient à votre médecin.

Le GLP-1, une hormone que nous fabriquons déjà

Oui, c’est exact : le GLP-1 (glucagon-like peptide-1) est une hormone naturelle. Elle est fabriquée par des cellules de l’intestin, les cellules L, quand nous mangeons. Son taux à jeun est très faible, entre 5 et 15 picomoles par litre ; après un repas, il peut tripler, parfois quintupler, atteint son maximum en 30 à 45 minutes et revient à la normale en 2 à 3 heures, selon une revue scientifique publiée en 2026.

Animation : le trajet du GLP-1 naturel après un repas

1
Le repas arrive dans l’intestinLes nutriments touchent la paroi intestinale.
2
Les cellules L libèrent du GLP-1Mais il est détruit en 1,5 à 2 minutes : seule une petite partie arrive dans le sang.
P
PancréasAide à libérer de l’insuline quand la glycémie monte.
E
EstomacIl se vide plus lentement.
C
CerveauLe signal de satiété : « j’ai assez mangé ».

Schéma simplifié. Une revue du Journal of Internal Medicine souligne que le rôle principal du GLP-1 naturel serait surtout de signaler au cerveau que l’on a assez mangé.

Le point clé, c’est sa durée de vie. Notre GLP-1 est détruit en 1,5 à 2 minutes par une enzyme, la DPP-4. Le sémaglutide (la molécule d’Ozempic et de Wegovy) partage 94 % de sa structure avec notre hormone, mais il a été modifié pour durer environ une semaine, explique une revue de Postgraduate Medicine.

Animation : combien de temps chacun reste actif

GLP-1 naturelenviron 2 minutes
Sémaglutide (Ozempic, Wegovy)environ 1 semaine

Temps écoulé : 0 min

Pour se représenter l’écart : si les 2 minutes du GLP-1 naturel duraient 1 seconde, la semaine du sémaglutide durerait 1 heure et 24 minutes. Les barres montrent la demi-vie, c’est-à-dire le temps au bout duquel il en reste la moitié.

Et en quantité : dans le sang, ces médicaments atteignent des concentrations au moins 100 fois plus élevées que notre GLP-1, selon une revue du Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism.

Notre GLP-1
Le médicament : au moins 100 fois plus

Du lézard au médicament : l’histoire

Ces médicaments ne sont pas apparus du jour au lendemain. Ils sont le fruit de plus de quarante ans de recherche.

  1. 1982

    Joel Habener clone le gène du glucagon et découvre qu’il code aussi pour le GLP-1, d’après la Fondation Lasker.

  2. 1986–1987

    Svetlana Mojsov identifie dans l’intestin la forme active de l’hormone, le GLP-1(7-37) (Fondation Lasker).

  3. 1992

    John Eng isole l’exendine-4 dans le venin du monstre de Gila, un lézard d’Amérique du Nord. Elle agit comme le GLP-1, mais dure beaucoup plus longtemps (Département américain des anciens combattants).

  4. 2005

    Premier médicament de la famille : l’exénatide (Byetta), autorisé aux États-Unis le 28 avril 2005 contre le diabète de type 2 (VA Research).

  5. 2017

    Ozempic (sémaglutide) est autorisé aux États-Unis en décembre, pour le diabète de type 2 (revue PMC). Chez Novo Nordisk, Lotte Bjerre Knudsen a mené le travail qui a permis de faire durer la molécule (Fondation Lasker).

  6. 2021

    Wegovy, la même molécule à plus forte dose, est autorisé le 4 juin par la FDA contre l’obésité (communiqué de la FDA).

  7. 2022–2023

    Mounjaro (tirzépatide) est autorisé en mai 2022 pour le diabète, puis sous le nom de Zepbound contre l’obésité en novembre 2023 aux États-Unis (revue PMC).

  8. 2024

    Habener, Mojsov et Knudsen reçoivent le prix Lasker, l’une des plus hautes distinctions de la recherche médicale (Fondation Lasker).

  9. 2025–2026

    Arrivée des comprimés aux États-Unis : la pilule de Wegovy le 22 décembre 2025 (Novo Nordisk), puis Foundayo (orforglipron) le 1er avril 2026 (Lilly). En France, Wegovy et Mounjaro sont remboursés sous conditions depuis le 15 juin 2026 (Service-Public.fr).

  10. 2027 ?

    Le rétatrutide n’est autorisé nulle part. Lilly prévoit de déposer une demande d’autorisation au premier trimestre 2027 (Drugs.com).

Pourquoi un tel engouement, et qui l’a porté

Les personnes qui commencent un traitement le font d’abord pour des raisons médicales : un diabète de type 2 à équilibrer, ou une obésité qui pèse sur la santé, parfois après des années d’essais. Pour la première fois, des médicaments permettaient une perte de poids importante, mesurée dans de grands essais. C’est ce qui explique l’essentiel de l’intérêt.

Mais l’engouement a largement dépassé ce cadre. Plusieurs acteurs l’ont porté :

Cet engouement a eu des conséquences en France. L’usage hors indication d’Ozempic est passé de 0,7 % des patients remboursés en mai 2022 à 1,4 % fin mai 2023, selon l’ANSM. Des tensions d’approvisionnement ont gêné des personnes diabétiques, et l’approvisionnement n’est revenu à la normale qu’en mai 2025, rapporte La Tribune.

Les effets réels, selon les essais

Dans les grands essais cliniques, ces médicaments ont été comparés à un placebo, chez des adultes en obésité ou en surpoids avec une maladie associée, en plus de conseils alimentaires et d’activité physique. Voici la perte de poids moyenne observée.

Animation : perte de poids moyenne, médicament contre placebo

Sémaglutide 2,4 mg (Wegovy) · STEP 1 · 1 961 adultes · 68 semaines
Médicament−14,9 %
Placebo−2,4 %
Tirzépatide 15 mg (Mounjaro) · SURMOUNT-1 · 2 539 adultes · 72 semaines
Médicament−20,9 %
Placebo−3,1 %
Orforglipron, comprimé, plus forte dose (Foundayo) · ATTAIN-1 · 3 127 adultes · 72 semaines
Médicament−12,4 %
Placebo−0,9 %
Rétatrutide 12 mg Non autorisé · TRIUMPH-1 · 2 339 adultes · 80 semaines
Médicament−28,3 %
Placebo−2,2 %

Sources : STEP 1, NEJM, SURMOUNT-1, NEJM, ATTAIN-1, Lilly (participants restés sous traitement), TRIUMPH-1, Lilly (résultats annoncés par le laboratoire). Ces essais n’ont pas comparé les médicaments entre eux : les chiffres ne se comparent pas directement.

Au-delà du poids, l’essai SELECT a suivi 17 604 adultes en surpoids ou en obésité, sans diabète, mais qui avaient déjà une maladie cardiovasculaire. Sur près de 40 mois en moyenne, les accidents cardiovasculaires graves (décès cardiovasculaire, infarctus, AVC) ont touché 6,5 % des personnes sous sémaglutide contre 8,0 % sous placebo, soit une baisse de 20 % du risque, selon la Cleveland Clinic. Ce résultat concerne ce groupe précis, pas l’ensemble de la population.

Les effets indésirables

Les plus fréquents sont digestifs : nausées, diarrhée, vomissements, constipation, douleurs abdominales, d’après la FDA, qui signale aussi un avertissement sur un risque de tumeurs de la thyroïde observé chez l’animal. L’Agence européenne des médicaments a par ailleurs classé une atteinte du nerf optique, la NOIAN, comme effet indésirable très rare du sémaglutide, pouvant toucher jusqu’à 1 personne sur 10 000 (EMA).

Autre point important : le poids perdu n’est pas uniquement de la graisse. La masse maigre, dont les muscles, représente 25 à 40 % du poids perdu, selon des travaux relayés par ScienceDaily.

Médicament par médicament

Sémaglutide · Novo Nordisk

Ozempic

Injection une fois par semaine. En France, il est indiqué dans le diabète de type 2 uniquement, rappelle l’ANSM.

Sémaglutide · Novo Nordisk

Wegovy

La même molécule, à plus forte dose, indiquée dans l’obésité. Depuis le 15 juin 2026, il est remboursé à 65 % pour un IMC d’au moins 40, ou d’au moins 35 avec une maladie liée au poids, après 6 mois de prise en charge nutritionnelle sans succès (Service-Public.fr).

Tirzépatide · Lilly

Mounjaro

Il agit sur deux récepteurs à la fois, ceux du GLP-1 et du GIP, une autre hormone intestinale. Remboursé dans les mêmes conditions que Wegovy depuis juin 2026 (Service-Public.fr) ; 85 600 boîtes de médicaments anti-obésité ont été délivrées depuis, selon Franceinfo.

Triple action · Lilly · Expérimental

Rétatrutide

Il agit sur trois récepteurs (GLP-1, GIP et glucagon). Dans TRIUMPH-1, les nausées ont touché jusqu’à 42,4 % des participants, des sensations anormales de la peau (dysesthésies) 12,5 % contre 0,9 % sous placebo, et 11,3 % ont arrêté à cause des effets indésirables à la plus forte dose, contre 4,9 % (Lilly). Il n’est autorisé nulle part.

Attention aux produits vendus en ligne

En France, la vente en ligne de ces médicaments est illégale ; l’ANSM a saisi la justice dès avril 2025 et rappelle que ces produits peuvent être contrefaits (ANSM). De faux stylos d’Ozempic ont circulé chez des grossistes en Europe (ANSM). Aux États-Unis, deux décès ont été signalés à la FDA après l’usage de rétatrutide vendu hors de tout circuit légal, des signalements qui n’ont pas été vérifiés à ce stade (CBS News).

A-t-on assez de recul ?

La réponse dépend de la question posée.

Une question est en revanche mieux connue : celle de l’arrêt. Une méta-analyse publiée dans le BMJ, portant sur 37 études et 9 341 adultes, montre qu’après l’arrêt du sémaglutide ou du tirzépatide, le poids revient en moyenne de 0,8 kg par mois, avec un retour estimé au poids de départ en environ un an et demi, selon l’Université d’Oxford. Le Vidal parle de « bénéfices qui s’effacent rapidement à l’arrêt ». C’est pourquoi ces traitements sont pensés sur le long terme, avec un suivi médical.

Animation : le poids pendant et après le traitement

Poids de départ Arrêt Pendant le traitement Environ 1 an et demi après
Sous traitementAprès l’arrêt (+0,8 kg par mois en moyenne)

Schéma simplifié, d’après la méta-analyse du BMJ présentée par l’Université d’Oxford. Ce sont des moyennes : chaque parcours est différent.

Pourquoi notre GLP-1 ne suffit pas à « faire comme » le médicament

Nous avons tous du GLP-1 dans le corps. On pourrait donc penser qu’il suffit de le stimuler pour obtenir le même effet. En réalité, ce n’est pas le cas, pour trois raisons.

Cela ne veut pas dire que ces médicaments sont nécessaires pour tout le monde, ni l’inverse. Ils ont des indications médicales précises ; c’est au médecin de juger, avec vous, s’ils ont leur place dans votre situation. Une alimentation équilibrée, riche en fibres et en protéines, garde tout son intérêt pour la santé, mais elle ne reproduit pas l’effet d’un médicament. Pour des conseils alimentaires personnalisés, c’est le rôle du diététicien, défini par le Code de la santé publique.

Vrai ou faux

Touchez chaque carte pour découvrir la réponse.

Quand en parler à un médecin ?

Si vous vous posez des questions sur ces traitements, pour vous ou pour un proche, le bon interlocuteur est votre médecin traitant. Parlez-lui-en notamment si :

Ces conseils relèvent du bien-être et ne remplacent pas un avis médical.

Sources